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3 Mars 2025

Mexique : Prochaine audience concernant la condamnation du défenseur des droits humains Pablo López Alavez

Le 6 mars 2025, l’audience concernant la condamnation dans l’affaire emblématique du défenseur des droits humains Pablo López Alavez se tiendra devant le premier tribunal pour la conclusion des affaires pénales traditionnelles de l’État d’Oaxaca. Le défenseur autochtone zapotèque est injustement privé de liberté et incarcéré dans la prison régionale de Villa de Etla, Oaxaca, depuis plus de quatorze ans, dans l’attente d’une décision.

Avant d’être placé en détention, Pablo López Alavez a occupé diverses positions de leaders au sein de la communauté ; il dénonçait l’exploitation forestière illégale et sensibilisait la population à la protection de l’environnement et au développement durable dans sa communauté autochtone de San Isidro Aloápam, dans l’État d’Oaxaca. À cause de ses efforts, il s’est fait de puissants ennemis parmi les exploitants forestiers illégaux opérant dans la région et a ensuite fait l’objet de nombreuses accusations criminelles.

Le 15 août 2010, Pablo López Alavez a été arrêté arbitrairement par un groupe d’individus non identifiés qui avaient le visage couvert et portaient des armes longues. Le défenseur a été forcé de monter dans le véhicule dans lequel ils étaient arrivés sans qu’aucune explication ne lui soit donnée. Le lendemain, le défenseur a été accusé d’avoir participé au meurtre d’un individu en juin 2007, alors qu’il ne se trouvait pas sur le lieu du crime. Depuis, le défenseur est la cible de poursuites pénales caractérisées par des irrégularités affectant son droit à bénéficier d’un procès équitable et à la liberté, qui ont été dénoncées au niveau national et international.

Le 2 octobre 2015, la Defensoría de los Derechos Humanos del Pueblo de Oaxaca (Bureau du médiateur des droits de l’homme de Oaxaca) a publié la recommandation n° 11/2015, dans laquelle elle analyse l’affaire et conclut qu’il y a eu d’importantes violations des droits de la défense au cours du procès contre M. López Alavéz.

Le 25 avril 2017, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a rendu l’avis n° 23/2017, qualifiant la privation de liberté de Pablo López Alavez d’arbitraire, et reconnaissant que sa détention résulte de son activité légitime en faveur du droit à la terre, des ressources naturelles et des droits des peuples autochtones, ainsi que de ses 20 ans de leadership dans la défense des forêts de San Miguel et San Isidro Aloapam, à Oaxaca, contre la déforestation. Le groupe de travail a recommandé sa libération immédiate.

Front Line Defenders, ainsi que d’autres organisations de défense des droits humains, a exprimé à plusieurs reprises ses préoccupations concernant la criminalisation, la détention arbitraire, la détention préventive prolongée et l’imposition de peines excessives basées sur des accusations fabriquées de toutes pièces et infondées contre des défenseur⸱ses des droits humains autochtones au Mexique. Il s’agit d’une tendance alarmante, qui témoigne d’un modèle de racisme et de violence disproportionnée de la part de l’État mexicain.

En outre, l’organisation réitère son appel à leur libération, soulignant que les détentions arbitraires de longue durée ont des conséquences particulièrement graves qui endommagent le tissu social et affectent non seulement le défenseur incriminé, mais aussi sa famille, sa communauté et le processus plus large de défense des droits humains. Le 18 septembre 2024, l’organisation Consorcio Oaxaca a partagé la présentation du « Rapport international : Analyse de la procédure régulière dans la criminalisation du défenseur autochtone Pablo López Alavez », qui conclut que cette procédure est « un exemple extrême de l’utilisation de la criminalisation contre les défenseur⸱ses des droits humains au Mexique, en particulier contre les activistes autochtones et environnementaux ».

Le 8 novembre 2024, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains a exprimé son inquiétude concernant la détention arbitraire de défenseur⸱ses des droits humains indigènes au Mexique, dont Pablo López Alavez, et les lourdes peines prononcées à leur encontre. La Rapporteuse a indiqué qu’elle est en contact avec le gouvernement mexicain concernant des questions.

Les organisations signataires appellent d’urgence les autorités nationales et étatiques du Mexique, en particulier le Premier tribunal pour la conclusion des affaires pénales traditionnelles de l’État d’Oaxaca, à adopter les recommandations émises par les mécanismes internationaux de défense des droits humains et à libérer immédiatement le défenseur Pablo López Alavez, ainsi qu’à s’abstenir de le poursuivre à nouveau. Les deux organisations appellent la communauté internationale à se prononcer sur la situation des défenseur-ses des droits des autochtones au Mexique.

Organisations signataires :

  • Consorcio Para el Diálogo Parlamentario y Equidad, Oaxaca
  • Centro de derechos humanos “Zeferino Ladrillero”
  • Colectivo de Saneamiento y Restauración de La Malintzi, Tlalcuapan
  • La Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur-ses des droits humains
  • Front Line Defenders
  • L’Organisation Mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur-ses des droits humains
  • Red Nacional de Organismos Civiles de Derechos Humanos Todos los derechos para todas, todos y todes (Red TDT)
  • Servicios y Asesoría para la Paz A.C. (SERAPAZ)