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5 Mars 2025

Le Bahreïn doit libérer immédiatement le défenseur des droits humains Ali AlHajee

DÉCLARATION CONJOINTE

Nous, les organisations de défense des droits humains soussignées, demandons la libération immédiate du défenseur des droits humains Ali AlHajee, qui a été arrêté le vendredi 28 février par les autorités bahreïnies après avoir été convoqué par la police, et qui fait actuellement l’objet d’une enquête à la prison de Dry Dock pour « mauvais usage des réseaux sociaux ». Ali AlHajee utilise son compte X principalement pour partager des messages relatifs aux droits humains.

Ali AlHajee est un défenseur des droits humains bahreïni et un ancien prisonnier politique incarcéré pendant plus de dix ans jusqu’à sa libération en juin 2023.

Le 28 février, dernier jour des essais de Formule 1 au Bahreïn, Ali AlHajee a reçu une convocation écrite de la police émise par la direction générale de la détection des crimes et des sciences médico-légales du ministère de l’Intérieur. Peu après, le défenseur a reçu un appel d’un fonctionnaire de la Direction des enquêtes criminelles (CID), qui lui a ordonné de se présenter immédiatement et seul à l’entrée du bâtiment de la CID à Adliya. Ali AlHajee a décidé de coopérer et s’est rendu à la convocation, après quoi il a été interrogé à propos de son travail en faveur des droits humains, en particulier sur ses publications sur X (anciennement Twitter).

Le lendemain, Ali AlHajee a été arrêté et le parquet du Bahreïn a ordonné son placement en détention pendant sept jours dans l’attente de l’enquête pour « mauvais usage des réseaux sociaux ». Selon sa famille, son interrogatoire prolongé et son ordre de détention ont eu lieu en l’absence de son avocat.

S’il est formellement inculpé, il risque une peine d’emprisonnement en vertu des lois draconiennes du Bahreïn qui restreignent la liberté d’expression, en particulier l’article 168 du Code pénal, qui permet aux autorités de punir « toute personne qui diffuse délibérément de faux rapports ou déclarations ou des rumeurs malveillantes, ou qui mène toute action publique visant à porter atteinte à la sécurité publique ».

L’arrestation d’Ali AlHajee n’est pas un incident isolé, mais fait partie d’un ensemble plus large de mesures de répression prises par les autorités bahreïnies à l’occasion des courses de Formule 1 organisées dans le pays. Le Grand Prix de Formule 1 du Bahreïn 2025 débutera le 13 avril.

En 2023, quatre militants bahreïnis avaient été arrêtés, menacés, agressés verbalement et contraints de signer un engagement limitant leur droit de manifester à l’avenir après avoir organisé une manifestation près du circuit international du Bahreïn pendant la course de F1. Lors des essais de F1 de l’année dernière, le fils de l’un de ces militants a été arrêté arbitrairement lors d’une descente de police à son domicile. Dans le même temps, l’arrestation d’Ali AlHajee constitue un revirement inquiétant par rapport aux récentes mesures prises par le gouvernement pour libérer les personnes détenues pour avoir exercé leurs droits humains internationalement reconnus, dont plus de 600 prisonniers politiques en 2024.

Le 3 mars 2025, la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur les défenseur⸱ses des droits humains, Mary Lawlor, a fait part de ses préoccupations concernant la détention d’Ali AlHajee par les autorités à cause de son travail en faveur des droits humains, déclarant qu’il « devrait être immédiatement libéré et que les autorités devraient montrer qu’elles prennent au sérieux la création d’un environnement favorable pour les défenseur⸱ses des droits humains ».

Nous nous faisons l’écho des préoccupations exprimées par Mme Lawlor et demandons la libération immédiate d’Ali AlHajee. Compte tenu des éléments susmentionnés :

Les autorités bahreïnies doivent le libérer immédiatement et abandonner toutes les charges liées à son travail légitime en faveur des droits humains. Dans le même temps, nous leur demandons instamment de veiller à ce qu’il ait accès à un avocat de son choix et que sa famille soit autorisée à lui rendre visite.

Les alliés et partenaires commerciaux du Bahreïn au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans l’Union européenne doivent faire part de leurs préoccupations concernant la détention d’Ali AlHajee et exiger sa libération immédiate. Nous exhortons aussi les dirigeants de la Formule 1 à soutenir cet appel.

Contexte :

Ali AlHajee a déjà été condamné pour des accusations liées à des manifestations pacifiques et a passé plus de dix ans en prison de 2013 à 2023. Il a été libéré le 2 juin 2023 en vertu des lois bahreïnies sur les condamnations alternatives. Même après la suspension officielle de sa condamnation, Ali AlHajee a continué d’être la cible des autorités bahreïnies et a été placé sous le coup d’une interdiction de voyager et brièvement détenu le 14 novembre 2023. Il a ensuite été injustement poursuivi pour avoir demandé aux autorités de lever son interdiction de voyager et a été jugé sur la base de fausses accusations pour « être entré dans une zone interdite ». Après sa libération, il a toutefois continué à dénoncer les abus commis à l’encontre des prisonniers politiques et à faire campagne en faveur d’une plus grande liberté et d’une plus grande responsabilité au Bahreïn.

Signée par :

  • Bahrain Institute for Rights and Democracy (BIRD)
  • ALQST For Human Rights
  • Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain (ADHRB)
  • ARTICLE 19
  • Bahrain Centre for Human Rights (BCHR)
  • Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS)
  • CIVICUS
  • DAWN
  • FairSquare
  • Freedom House
  • Front Line Defenders
  • Gulf Centre for Human Rights (GCHR)
  • Human Rights First
  • Human Rights Watch
  • IFEX
  • Index on Censorship
  • La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur⸱ses des droits humains
  • International Service for Human Rights (ISHR)
  • MENA Rights Group
  • Middle East Democracy Center (MEDC)
  • PEN America
  • Rafto Foundation for Human Rights
  • The FreeAlKhawaja Campaign
  • Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur⸱ses des droits humains